Mon zoom m’a dit que... 
Episode 2: Artisanat
Episode 2: Artisanat

Parallèlement à la crise sanitaire marquée par des mesures de confinement qui ont quasiment stoppé la production mondiale, le monde est dans l’attente aujourd'hui d’une crise économique et politique qui s'annonce majeure, sans précédent, qui dépassera probablement les crises de 1929 et 2008. A la première ligne, nous trouvons l’artisanat tunisien. Réputé pour son savoir-faire traditionnel dans divers corps de métiers, le poids de ce secteur dans l’économie reste relativement faible (soit 4.6% en 2016), avec des agents économiques qui œuvrent pour un certain nombre d’entre eux dans l’informel où ils sont exposés à une fragilité économique et sociale. 

Au regard de la complexité des enjeux, de leurs caractères transdisciplinaires et multidimensionnels, les réflexions et plans d’actions qui pourraient en découler ne peuvent résulter que d’une approche innovante et dynamique :  l'objectif de ces webinaires serait alors d’orienter et d’accompagner les secteurs culturels et créatifs dans les évolutions qu'ils vont connaître et d’anticiper les éventuelles transformations.  

Parce que le changement doit se préparer et se faire, ici et maintenant, et afin de saisir cette crise et en faire une opportunité nationale et transnationale de transformation positive à l’échelle des différentes disciplines qui composent le secteur culturel et créatif, c’est dans un esprit collaboratif où les intérêts collectifs surpassent les désirs et besoins individuels que les webinaires se sont multipliés, mettant au grand jour les principaux obstacles qui découleront de cette crise, les faiblesses qui s’accentuent et les actions à mener pour éventuellement y remédier. 

 

L’artisanat 

Pour ce deuxième épisode, mon compte zoom m’a dit qu’en Tunisie, l’artisanat souffrait tout autant qu’en Inde. A l’un des webinaires, le mouvement Creative Dignity a été présenté, un mouvement sans précédent qui vise à relever les défis auxquels sont confrontés 200 millions d’artisans à travers l’Inde pendant la pandémie. Il est dirigé par des organisations et des individus de premier plan du secteur de la production créative, et se développe sans cesse pour intégrer plus d’acteurs dans tous les secteurs afin de maximiser l’impact du mouvement. 

Neelam Chhiber de la Industree Foundation a présenté les défis auxquels le secteur artisanal est confronté pendant la pandémie, puisque 93 % de la main-d’œuvre en Inde est dans le secteur informel, et nous avons vu des millions de personnes perdre leur gagne-pain en une nuit. Susan Bhaktul, de l’Industree Foundation, a expliqué à quel point il est important pour les artisans de gagner un revenu pendant cette période, et c’est la principale demande qui a été rencontrée pendant la pandémie. 

Creative Dignity, présente le début d’une solution pour répondre aux besoins du secteur artisanal indien, mais comme Ayush Kasliwal de AKFD Studio l’a expliqué avec précision, le secteur est si nuancé qu’aucune solution ne conviendra parfaitement. La solution revient alors à créer des solutions diversifiées pour soutenir la diversité des besoins et des qualités uniques de nos artisans. Afin de créer ces solutions diverses, nous devons intégrer les connaissances, l’expérience et la passion de nombreux bénévoles dévoués. 

Les défis qui ont émergé sont le manque d’accès à l’information et aux ressources de la communauté artisanale en Inde. De l’autre cote de la planète, en Tunisie, les problèmes ne différent pas plus que ça : Creative Tunisia rassemble acteurs privés et représentants d’institutions publiques pour discuter et ainsi finir par confirmer ce qui a été dit plus haut.  

Du côté du secteur privé, Leila Msellati nous parle de l'appui de l'Office National de l'Artisanat Tunisien (ONAT) et de ce qu’il offre aux jeunes entrepreneurs artisanaux. La mission principale étant l'encadrement du secteur, c'est-à-dire offrir une assistance aux artisans sur plusieurs volets. Le premier étant institutionnel et le deuxième, technique. Institutionnellement, lorsque l'artisan investit dans le secteur, le rôle de l'Office (ONAT) est de l'encadrer et mettre en valeur son projet en trois étapes : étudier le projet, le déclarer juridiquement et lui octroyer une carte professionnelle lui permettant d'avoir des avantages fiscaux. Techniquement, l'office encourage les artisans en facilitant les crédits d'institutions bancaires et au niveau de l'acquisition de matières premières et de machines pour le démarrage de leurs activités. Au niveau de la production, une assistance à la création, à l'innovation et à la recherche est proposée tout en tenant compte des besoins du marché local mais aussi des consommateurs étrangers.   

Cependant, les critiques n’ont pas manqué de s’affirmer à la discussion. Il existe aussi des contraintes qu'il faut essayer de résoudre quant à l'acquisition de la carte artisanale. « Pensez-vous que ce serait le moment de penser à un statut particulier pour le designer (pour lequel le point fort est d'allier les matériaux pour valoriser le travail artisanal) qui donne les avantages d'une carte artisanale sans pour autant être dans l'obligation de maîtriser une spécialité des métiers artisanaux et passer par une école de formations etc. »   

L. Msellati souligne que le grand débat aujourd'hui dans l'Office National de l'Artisanat Tunisien (ONAT) est la formation professionnelle et le circuit fermé des spécialités qui doit être revu.  Un travail de fond est en cours pour revoir le statut de l'artisan, la définition des activités artisanales, de l'artisan et du designer. Quand nous parlons d'une activité artisanale, nous parlons uniquement d'artisan-fabricant, où il existe une main-d'œuvre qui travaille. Le designer représente un produit dans la chaîne de production. Il convient aussi de parler d'une structuration du système de réseautage et de collaboration entre l'artisan et le designer en mettant en place un cahier des charges qui énonce les conditions de travail, les droits et le champ d'action de chacun d'entre eux.   

Designer de formation, Shams fondateur d'une entreprise artisanale poursuit avec l'idée de la carte et revendique la liberté d'avoir le droit de choisir entre des processus artisanaux et des processus industriels. "Nous sommes des électrons libres, nous ne devons pas être contraints à une seule technique ou un un seul matériau." Il explique ensuite l'importance d'aller vers l'artisan et de lui expliquer les avantages apportés par une éventuelle collaboration avec un designer. Il est préférable d'être très transparent dès le départ et leur expliquer les contraintes et les objectifs fixés. Shams présente ensuite l'évolution de son approche au fil des années avec la production. Etant à l'affût des tendances, il lance maintenant trois collections par an dont il est sûr de l'impact et de la vente. Son approche est actuellement orientée vers la production en stocks de produits impliquant forcément des charges de main-d'œuvre élevées mais avec la certitude d'écouler son stock par la suite.  Nous ne pouvons parler de collaboration artisan-designer sans parler de propriété intellectuelle.  
 

Solutions suggérées et discutées 

  • Payer d’abord, recevoir par la suite des artisans par l’entremise d’une entité qui est crédible et soutenue par des organisations nationales ou contactée directement par des artisans (les personnes qui aident ont répondu à un sondage, elles sont disposées à attendre de 3 à 4 mois entre le paiement et la réception du bien).  

  • Fonds de secours immédiat 

  • Former les artisans à la maison par vidéo, suivre et surveiller leur travail par vidéo aussi. Durabilité du travail. 

  • 200 millions d’artisans de la plateforme en soutenant avec toutes les compétences que vous avez. 

Pour finir, les panélistes proposent de développer les services/structures de proximité qui accompagnent les entrepreneurs et facilitent les services administratifs ainsi que créer un collectif de sélection d'artisans pour soulever le niveau de l'artisanat tunisien et faire rayonner l'image de la Tunisie.